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Gilles Kepel, Jihad (2003)

Posted By: vidra
Gilles Kepel, Jihad (2003)

Gilles Kepel, Jihad. Expansion et déclin de l'islamisme
Gallimard | Nouv. éd. ref. et mise à jour (4 mars 2003) | 751 Pages | ISBN: 2070429318 | 97 MB


Futuribles
Le dernier quart du XXe siècle a été marqué par l'émergence, l'ascension puis le déclin des mouvements islamistes. Si l'islamisme est un courant qui puise ses racines à la fin du XIXe siècle, Gilles Kepel postule dans son ouvrage l'autonomie de la séquence des 30 dernières années parce que la référence à l'islamisme y apparaît " comme une nouvelle utopie, un idéal politique qui s'est très largement substitué à l'idéal nationaliste qui prévalait depuis les indépendances " et qui a été " l'inspiratrice d'un mouvement social d'une ampleur particulière ". L'ambition du livre est donc de rendre compte du phénomène dans son ensemble, à travers le monde, de l'Iran à la Malaisie, du Soudan aux banlieues des capitales européennes, de la Bosnie à l'Afghanistan, " afin de transposer d'une situation à une autre les questions suscitées par telle expérience particulière, les éclairant mutuellement et élucidant ainsi ce que l'approche d'une seule laissait obscur ".

À l'origine de ce travail, indique Gilles Kepel, il y eut une interrogation très simple : pourquoi " certains mouvements islamistes étaient parvenus à s'emparer du pouvoir (succès de la révolution iranienne), tandis que d'autres, (les plus nombreux), tels les mouvements égyptiens, y avaient échoué " ? C'est l'analyse sociologique qui fournit à l'auteur les clefs de son argumentation. La mouvance islamiste est selon lui " le produit de la mobilisation simultanée de groupes sociaux différents ", jeunesse urbaine pauvre, classes moyennes pieuses, intelligentsia islamiste sans oublier les groupuscules radicalisés et violents. Or aujourd'hui, " l'islamisme - comme amalgame de groupes sociaux différents soudés dans une idéologie commune - va commencer à se défaire, précipitant le déclin de l'ensemble ". Certains groupes, dans la foulée du jihad afghan s'orientent vers une radicalisation violente tandis que les groupes islamistes modérés issus des classes moyennes s'orientent vers l'alliance avec les groupes laïcs et procèdent à une réflexion qui s'articule autour de la démocratie et des droits de l'homme.

On assiste aujourd'hui, indique l'auteur, à un travail de recomposition de l'identité dans le monde musulman où la référence à l'islam a une place mais n'a pas une place exclusive. " Aujourd'hui, en l'an 2000, l'épuisement de l'idéologie et de la mobilisation islamistes ouvre la voie à un […] moment de dépassement : les musulmans peuvent tout à fait élaborer leur manière de s'inscrire dans un processus démocratique qui soit à la fois universelle et particulière ". L'enjeu est de voir " si les élites au pouvoir, qui bénéficient d'une opportunité historique pour promouvoir la démocratie dans les pays qu'elles contrôlent, sauront en saisir l'occasion, accomplir les sacrifices nécessaires pour élargir leur base sociale, ou persisteront dans une logique d'appropriation patrimoniale de l'Etat, annonciatrice de nouvelles tempêtes et de nouveaux désastres ". L'ouvrage est doté d'un appareil cartographique. –Yann Vinh– –Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.


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Gilles Kepel's Jihad is an intense, detailed examination of the militant Islamist movement over the last quarter-century. Kepel divides his book into two parts–"Expansion" and "Decline"–and posits that the September 11, 2001, attacks, rather than demonstrating "strength and irrepressible might," highlighted the "isolation" and "fragmentation" of a "faltering" and probably doomed extremist ideology. Kepel follows Islamism from its theoretical underpinnings in the late 1960s and its rapid expansion into Africa, the Middle East, the Balkans, and Central, South, and Southeast Asia, through the Taliban's ascendancy in Afghanistan and beyond. He explains Islamism's attractions, and outlines its severe shortcomings. With consummate skill, he illuminates the bewilderingly intricate effects global events (oil prices, the fall of Communism) have had on internal politics of individual countries, and vice versa. Kepel, wisely, refuses to prognosticate. Instead, his achievement is in providing–for the determined reader–a deeply authoritative context for the seemingly inexplicable events of the recent past. –H. O'Billovich –This text refers to the Hardcover edition.


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L'universitaire Gilles Kepel, directeur de recherche au CNRS et responsable des études sur le monde musulman à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris publie chez Gallimard une étude passionnante intitulée : Jihad, expansion et déclin de l'islamisme.
1970-2000 : il fallait que ces trente ans soient écoulés pour que le regard du chercheur puisse saisir avec netteté le phénomène historique particulier qu'a constitué l'expansion, puis le déclin, de l'islamisme, dans la fin du vingtième siècle. Gilles Kepel a accompagné de très près le développement des premiers mouvements qui se réclamèrent du " jihad ", et voulurent instaurer l'Etat islamique. Il en analyse les succès, en décryptant leurs ressorts politiques et sociaux : alliance d'une classe moyenne désireuse d'acquérir une liberté politique et de classes populaires en quête de révolution pure et dure.

Il en analyse également l'entrecroisement avec les intérêts des grandes puissances et des puissances régionales : le jeu des Etats-Unis et de l'Arabie Saoudite pour soutenir un islamisme sunnite conservateur, notamment par une surenchère en matière de mœurs, qui fasse pièce à l'islamisme révolutionnaire et anti-capitaliste des responsables chiites de Téhéran, puis l'émancipation des dirigeants Talibans d'Afghanistan qui, grisés de leur victoire contre les forces de l'Union soviétique, échappent aux desseins de leurs protecteurs pour décider eux-mêmes du destin de leur pays, au risque de le faire régresser vers un moyen-âge fanatisé.

La description des forces politiques et sociales qui s'affrontent et des logiques qu'elles emploient fait toute la force du livre de Gilles Kepel, qui se lit aussi comme une grande fresque historique du dernier demi-siècle. Où l'on mesure que l'un des phénomènes les plus spectaculaires de cette période, à l'échelon de nombreuses nations du monde musulman, comme à l'échelle des relations internationales, fut représenté par la diffusion, l'apogée, puis la mise en échec et le reflux, d'une pensée politique radicalement nouvelle fondée sur le recours exclusif à l'Islam comme mode d'organisation de la société.

Cette pensée politique et religieuse à la fois répondait d'un même mouvement au malaise identitaire des jeunes nations musulmanes rejetant l'épisode sombre de la colonisation, et aux revendications sociales et politiques vécues de manière de plus en plus violentes dans des régimes autoritaires constitués, dans les premières années de leur indépendance, par la consolidation nécessaire du monde bipolaire hérité de la guerre froide.

La conclusion que Gilles Kepel tire de son analyse minutieuse de l'évolution des événements et des doctrines, dans l'ensemble du monde musulman, de l'Indonésie à la Mauritanie, en passant par le Pakistan, l'Afghanistan, l'Iran, les Pays du Golfe, l'Egypte, l'Algérie et le Maroc, est relativement optimiste : il perçoit dans les remises en cause actuelles l'ébauche d'un mouvement cohérent vers une " démocratie musulmane " où les aspirations que traduisait l'islamisme pourront être satisfaites par des évolutions civiques et des réformes sociales, à condition bien sûr que les élites actuelles en comprennent l'urgence…

"En ce tournant de siècle et de millénaire, il leur revient d'intégrer les groupes sociaux qui avaient été tenus à l'écart depuis les indépendances, et de favoriser l'enfantement d'une sorte de démocratie musulmane, sachant mêler de manière inédite culture, religion, et modernité politique comme économique. Ce scénario suppose que les élites rajeunies qui accèdent au pouvoir, du Maroc de Mohammed VI à la Jordanie d'Abdallah II, de l'entourage technocratique et militaire du président algérien Bouteflika à celui du président indonésien " Gusdur " Wahid, soient capables de se projeter dans l'avenir, et de " partager le gâteau " aujourd'hui pour le faire croître demain. Si ces élites se contentent de tirer un profit immédiat et égoïste de la décrue de l'islamisme, sans s'engager dans la réforme, le monde musulman sera confronté, à court terme, à de nouvelles explosions, que leur langage soit islamiste, ethnique, racial, confessionnel ou populiste." – Khaled Elraz– –Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.


From Publishers Weekly
In this history of fundamentalist Islam, Kepel stands conventional wisdom on its head, asserting that the spate of Islamist violence during the last few years is a result not of the movement's success, but of its failure. A professor at Paris's Institute for Political Studies, Kepel clearly traces the rise of the contemporary Islamist movement from its origins in the mid-20th century through its later appearance in countries such as Malaysia, Algeria and Turkey, as well as in Western Europe. Its apogee, he argues cogently, was the 1979 revolution in Iran that brought about the defeat of the Shah and the rise of a fundamentalist Islamic regime. But while ideologies that fused Islam with political power gained adherents throughout the world in the ensuing 20 years, says Kepel, in no other country were Islamists able to seize and hold power for more than a few years, a factor that he attributes to the ideology's inability to attract both the middle class and the poor. "Muslims no longer view Islamism as the source of utopia, and this more pragmatic vision augurs well for the future," he writes. Despite some outpourings of support, he believes, Osama bin Laden and his followers squandered much of the movement's political capital with its attacks on American institutions, most notably the World Trade Center. Kepel's approach is not without weaknesses in many places around the globe, fundamentalist political Islam has transformed society and politics, even if Islamists have not been able to attain political rule. But amid the plethora of books on Islam released since September 11, this work stands out, both for its erudition and its provocative thesis.
Copyright 2002 Cahners Business Information, Inc. –This text refers to the Hardcover edition.

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